Le casse-tête sino-canadien consistant à s'extraire de Vancouver sans trop s'égarer nous aura bouffé beaucoup d'énergie tout au long de cette journée "mammouth" (Angel, merci pour ton plan imprimé la veille. Il aura au moins permis de ne pas "mixer" le nord avec le sud...). Que ce soit perplexe face aux échangeurs ou déboussolés au milieu d'une forêt les deux pieds dans l'eau, il est clair que ce jour-là Paula, ton sixième sens de l'orientation aurait été un précieux guide. Philosophant sur nos montures dans l'espoir de voir se terminer ce labyrinthe urbain, on se dit que ces mélis-mélos directionnels ne sont des amarres que trop peu solides pour nous retenir au Canada. Pourtant, jusqu'à la douane, une certaine nostalgie plane ; complice de l'esprit.
Ce changement de pays s'apparente à une comédie. Comme au théâtre, les sorties s'y font souvent plus facilement que les entrées. Avec comme scène cette frontière terrestre et en guise de décors une ligne de démarcation dessinée par l'Homme, nous sommes au premier rang pour assister au spectacle. D'un côté, le drapeau à feuille d'érable, de l'autre, celui des 50 étoiles claquant fièrement au vent donne l'impression qu'il s'agit d'une "pièce" solennelle imprégnée d'austérité. Mais après tout, où se situent les véritables frontières ? Dans les tiroirs de l'administration, dans nos esprits ou avant tout dans le coeur des êtres humains ?
Les douaniers-comédiens assument pleinement leur rôle de rambo-frontaliers. Maquillés avec soin par l'institution et avec tout l'aplomb que leur confère l'autorité, ils nous interrogent sans détour et de manière très antipathique sur nos intentions. N'est-ce pas là leur rôle d'acteur ? Nos explications ne suffisent pas et Muco-vélo : connaissent pas. Pour tout dire, ils s'en tapent! Ils exigent une preuve de notre retour au pays dans les délais impartis. Intimidés, nous leur présentons alors une fausse réservation de vol de retour qui aura lieu 15 jours plus tard tout au sud à 3'000 kilomètres de là, à San Diego. 200 kilomètres de moyenne journalière à vélo ne semblent pas les surprendre. Leur bedaine traduisant un légère embonpoint nous laisse supposer qu'ils ne se rendent pas bien compte du physique qu'il faut avoir pour réaliser cette prouesse. Tant mieux ! Quelques questions et battements de coeur plus tard, ces dignes représentants du Département Territorial de la Sécurité (un mot "in" aux States) apposent avec énergie le tampon étoilé rouge sur nos passeports à croix blanche. Yes, Welcome to the United States of American Dreams ! Pays, dit-on, où tout est possible, surtout l'impossible ! Par exemple, donner le nom de son choix à la plaque d'immatriculation de son véhicule n'est qu'une des nombreuses variantes possibles ici.
Comment décrire ce pays qui n'a de cesse de nous questionner ? Inventer des mots et redéfinir ceux déjà existants serait sans doute une nécessité. Highway, Expresshighway, Freeway, Interstate, autant de noms donnés à ce réseau routier, véritable système sanguin qui permet au coeur de l'Amérique de battre. Il ne doit non seulement jamais freiner son rythme de vie mais le poursuivre de façon exponentielle. La carte de crédit est une institution, un "way of life" en quelque sorte. On en compte en moyenne huit par citoyen, squelette du système économique. Quand l'Amérique tousse, c'est le reste du monde qui s'enrhume. Il faut alors que toute la communauté internationale se penche au chevet de ce malade pour calmer cette nouvelle "crise". Le traitement ne demeure que symptomatique car le système, lui, semble atteint d'un mal bien plus aiguë et sournois conséquence d'une pathologie intrinsèque.
On connaissait le Mac-Drive, ici c'est comme ça pour tout : depuis sa voiture, on peut se faire servir le café, retirer de l'argent, poster son courrier et même voter ! Le règne du tout-à-la-bagnole en somme. De préférence en 4x4. Plus c'est haut, plus c'est beau. Chaque personne consomme en moyenne 3 barils de pétrole par jour aux USA (bébés, enfants, adultes et vieillard compris). Kyoto : à quand la ratification ? Il faudrait peut-être envisager d'appuyer sur l'accélérateur du "V8 Turbo" dans l'optique de rattraper le temps perdu afin de rejoindre "l'ère verte" en marche. Et encore, cela sera-t-il suffisant ? Depuis Vancouver, notre coup de pédale est bon, le rythme l'est tout autant. Un jour quelconque, c'est affamés après une matinée bien remplie, que nous nous engageons dans la ville de Bellingham à la recherche d'un endroit pour manger notre plat de pate-sardine-fromage quotidien. Interrogés sur cette question, deux jeunes du coin, casquettes à l'envers et pantalons larges nous invitent au resto ! Quelle aubaine et quelle sympathie ! Au cours du repas, plusieurs personnes prendront place autour de cette forte sympathique tablée. En fin de lunch, tous ces jeunes forment la team complète de leur futur magasin de sport. Ils nous emmèneront au Paradis, comprenez ici le nom de leur shop... L'inauguration d'Heaven a eu lieu le 10 octobre 2008. Ne pouvant y participer, ils nous offriront alors à tous les deux un t-shirt frappé du logo de la boite. Cool, ils sont vraiment très réussis !
La météo, tout comme la Highway 101, nous réservent bien des surprises. Les deux n'ont comme seule constance leur inconstance. Pluie, vent, soleil, montés, descentes, éclaircies, brume, virages en épingle... Tantôt traversant une forêt humide, tantôt roulant le long de l'océan, aucune journée ne ressemble à la précédente. C'est probablement ce qui en fait tout son charme. La côte "Up & Down" ne se laisse pas dompter si facilement. La côte, ça côte ! Il faut l'apprivoiser patiemment, à moins que ça ne soit elle qui ne nous apprivoise... Les criques et plages se succèdent, chacune différente et unique, mais toujours avec comme ligne d'horizon l'océan. Une fois l'état de Washington traversée, nous prendrons un jour de repos à Astoria. Nous y rencontrerons la magie cinématographique de notre enfance. C'est en effet dans cette ville qu'ont été tournées certaines scènes de film des Gonnies, Un Flic à la Maternelle, Sauvez Willy, et plus récemment "Into the Wild".
L'Oregon se résumera par nos batailles sans fin contre les vents du sud. Dans ces situations, tous les spécialistes s'accorderont à vous le dire : mouliner, mouliner, mouliner, voilà le secret. Bien nous en a pris de les écouter car même les journées les plus venteuses auront une fin. Et lorsque les vents proviennent du nord, c'est simple, ils font du plat des descentes et des montées du plat. Et dans les descentes, c'est le grand huit : on se fait peur! Fairbanks en Alaska et Pacific City sont situées à plus de 5'000 km l'une de l'autre. Elles ont comme point commun la joie de retrouvailles inattendue. Nobu and Hiro, eux aussi à vélo depuis plusieurs mois, savent mieux que quiconque le plaisir ressenti et les efforts déployés pour en arriver là. Anecdotes, rires, échanges, discussions, émotions, nous partagerons du temps ensemble dans une après-midi ensoleillé et sans nuage.
Dans la région d'Eureka en Californie, se trouve The Avenue of the Giants. Dans ce parc naturel, on y trouve certains des arbres les plus grands du monde (Redwoods). A l'image de celui-ci : 120 m de haut, équivalant à un immeuble de 30 étages, un tour de taille de 20 m pour un poids semblable à un jumbo jet 747 chargé, soit environ 455 tonnes !! La magnifique Sonoma Valley avec ses vaches, ses vignobles et ses températures avoisinant les 30 degrés nous rappelle nos terres. Heureuses similitudes qui font du bien.
La seconde journée de repos à Crescent City coïncidera avec le "November 4th". Cette soirée électorale, et quelle soirée, nous la passerons au Q.G. démocrate du comté. Tous nos sens sont en éveils pour capter l'espoir, le changement et la nouveauté qu'incarne la personnalité du nouveau président élu. A l'annonce des résultats, le volume sonore de la télévision, pourtant à son maximum, sera totalement couvert par l'approbation démonstrative faite au 44ème président des États-Unis mais surtout au 1er "African American" amené à la tête du pays. Le séisme provoqué par cet illustre inconnu il y a à peine quatre ans auparavant se ressent dans tous les milieux sociaux. Tel ce Noir improvisé "businessman de rue" à San Francisco et qui répondit aux deux agents de police qui le sommaient de débarrasser le plancher sous peine d'une amende : "tranquille les gars, maintenant le nouveau président c'est Obama"... Le renversement de la pyramide sociale, tout comme un 360 degrés en matière de nouveaux projets de société radicaux n'auront vraisemblablement pas lieu mais tout au moins il a su apporter un nouveau vent de confiance à une Amérique nécessiteuse, qui compte pas loin de 40 millions de pauvres... It's time, change they need !
17 novembre, 17h00, nous décidons de stopper la journée à 10 kilomètres du Pont de San Francisco, faisant la réflexion qu'une bonne nuit de sommeil devrait nous permettre le lendemain de le rencontrer sous ses (nos) meilleurs attributs. Hélas, déception, une tulle de brouillard enveloppera ce jour-là le fameux Golden Gate Bridge. Une éclaircie proviendra pourtant en la personne d'Esther, guide d'un jour, ne cessant de narrer des éloges sur sa cité. Une bière partagée en commun sonnera comme une récompense pour les kilomètres parcourus ce dernier mois.
Depuis notre arrivée, nous logeons chez Marylène et Jean-François. Une merveilleuse maison avec sa plage au bord de l'océan face au Golden Gate et habitée par un couple d'exception ! Le séjour, initialement prévu jusqu'au dimanche 23 novembre, devrait se prolonger de quelques jours, le temps pour Michel d'effectuer quelques tests pulmonaires et d'en interpréter les résultats. Le départ est fixé au mercredi 3 décembre, cela devrait nous laisser suffisamment de temps pour rejoindre la frontière mexicaine avant la fin de l'année.
Bon, il est temps pour nous de visiter San Francisco, son melting-pot, son histoire, ses restes de quartiers hippies, et ses "cable cars" sur la Powell et Hyde Street inspirant le cinéma hollywoodien pour y succomber comme beaucoup d'entre vous sans doute.
A vous toutes et tous, nous vous souhaitons un début d'hiver haut en neige, fort en glisse et les skis bien fartés!
Pour les photos et les vidéos, vous les trouverez aisément sous le site. Faites-y un saut !
Merci pour votre présence, votre fidélité et vos mots d'encouragements.
Michel et Vincent
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