"Ce qu'on est incapable de changer, il faut au moins le décrire" Rainer Werner Fassbinder
Il arrive parfois que même les plans les mieux établis, ceux dont on imagine qu’ils sont inoxydables, ceux dont on pense en avoir l’équation parce que bénéficiant de toute notre attention, n’évoluent pas toujours dans la direction voulue. Lorsque tant d’énergie a été investie à les réaliser, à s’accomplir au travers d’un but et que celui-ci nous échappe, alors la topographie des événements prend des courbures inattendues. Une énergie qui aurait pourtant dû à elle seule suffire à infléchir tous les obstacles, les difficultés rencontrées…
Et si tout compte fait la réelle difficulté et le plus grand challenge rencontrés lors de ce voyage résidaient justement dans cet obstacle déguisé en renoncement ? Un défi consistant à lui donner une autre configuration ? Sa propre configuration… Pourtant, dans l’impermanence de ces moments, l’équilibre n’est pas pour autant nécessairement rompu. Il ne le faut pas ! Ce rêve en partie achevée vibre encore, ses profondes racines le rendent encore bien présent, VIVANT ! C’est, entre autre, en lisant les captivants comptes-rendus de Vincent que cette constatation m’apparait comme évidente. Bien sûr qu’il n’est pas question de se lancer dans une quelconque suite trop périlleuse et qui serait de trop haute voltige au vue du peu d’air encore présent dans mes poumons. Mais pourquoi alors ne pas s’ingénier à (re)découvrir dans cette « mélodie du voyage » d’autres possibilités, trouver des solutions, « un rythme composé de notes à ma portée » en quelque sorte et qui seraient raisonnablement déraisonnable ?
Si c’est par manque de souffle qu’il m’est actuellement plus possible de pédaler, c’est aussi ce même manque de souffle qui me fait évoluer vers une appréciation saine du présent et de sa simplicité (un quotidien si complexe également soit dit en passant…). Autant de gestes et d’actions élémentaires mais qui pourtant revêtent une connotation de redécouverte. Se déplacer sans oxygène et pouvoir garder son autonomie est un luxe dont je suis riche. La modestie amène à de grandes satisfactions. Le manque de souffle INSPIRE à la modestie.
Il serait insensé de ne pas penser et de ne pas parler de tous ces « camarades-lutteurs » qui n’ont pas attendu que j’en parle ici pour mobiliser leurs ressources et consacrer (toute ?) leur énergie à forcer quelques volumes d’oxygène à rentrer dans leurs poumons.
Mais peut-on simplement être félicité de n’avoir pas été en trop mauvaise santé pour avoir pu effectuer ces quelques 10’000km ? Evidemment que NON ! Il n’y a là aucun mérite mais plutôt faut-il y voir là une chance ; celle d’avoir pu réaliser et cheminer sur ce bout de route "in-Terre-ieur" ! D’ailleurs, je ne pense pas avoir été « fort » mais simplement, je me suis senti fort sur mon vélo… Subtilité d’où certaines personnes atteintes y ont probablement décelé un contre-exemple des plus arrogants.
Le véritable combat, celui qu’il faut afficher et en parler énergiquement, n’est pas celui de prendre des vacances pour pédaler, mais l’effort qu’un « muco » engage 24/24h pour contrôler sa respiration ; la vrai prouesse est celle de réussir à tutoyer cette saloperie tout en la gardant à bout de bras. Une lutte perpétuelle, dont l’issue nous échappe par manque de certitudes, mais dont on sait que les week-ends tout comme les vacances seront inexistants. Les petits écarts aux soins plus encore que de se payer comptant se paient de façon disproportionnés. Ingrate, cette maladie se contrefiche des valeurs de l’équité ; un énorme investissement dans les traitements pour ne se retrouver en fin de compte que le pantin de celle-ci. Même si l’on n’est pas sa maladie, celle-ci ne concède pas au luxe d’aller jusqu’à pouvoir l’oublier de temps en temps. Cette bagarre autant inégale qu’incertaine se passe de mots, elle se passe dans l’action ; celle de tous les jours, conserver sa dignité dans ses limitations physiques. C’est pourquoi aujourd’hui toute mon admiration se tourne vers Vous ! …vers ceux qui auraient aussi aimé avoir suffisamment de souffle pour aller se balader sur une bicyclette.
Soufflé par votre Courage, je vous insuffle de garder votre Souffle de Vie en ne baissant pas les bras.
Une très bonne suite à vous toutes et tous ! Merci pour votre présence & votre fidélité !
A très Bientôt,
Michel
|